Publié le 08/03/2010 à 18:10 par inoussa Le Congrès comorien a tranché en faveur du maintien au pouvoir du président Sambi, pour un an et demi encore. Ceci au nom de l’harmonisation des mandats
électifs des gouverneurs et du président de l’Union. L’explosion de colère observée à Mohéli la semaine dernière tranche pourtant avec l’atonie des populations des autres îles de l’Union, et des
réactions molles de l’opposition nationale. Alain Fogriot, Malango Les autorités nationales de l'Union des Comores ont affiché un air étonné face aux événements de Mohéli, qui ont suivi la décision
de l'Assemblée nationale élargie. Le président Sambi en est plutôt contrarié : aucun commentaire officiel sur ces événements, alors que, à la veille de la tenue du Congrès, c'est lui qui avait
appelé les mohéliens à la sagesse et s'était dit persuadé que les "sages mohéliens ne suivraient certainement pas les idées diaboliques de gens malintentionnés". Mais l'on dirait que les habitants
de l'île de Djoumbé Fatima ont préféré se montrer fidèles à eux-mêmes, d'une certaine manière. Et c'est ainsi que dès le jour même du fameux Congrès, la colère a grondé sur l'île. Elle s'est
illustrée, lundi, par le dressage de barricades à l'entrée de l'aéroport de Bandar Salama, puis s'est embrasée mercredi par une manifestation monstre qui rassembla plusieurs centaines de mécontents
dans les rues de Fomboni, la capitale de Mohéli, et dont le bilan s'est soldé par des bâtiments incendiés, dont le marché et la maison du gouverneur de Mohéli, et plusieurs personnes appréhendées
par la gendarmerie. En Grande-Comore, les réactions post-congrès de l'opposition ont fusé. La Convergence en faveur de la Tournante en 2010, cette coalition de l'opposition nationale, met en cause
la légitimité du Congrès, "appelé par ordonnance du chef de l'Etat, au lieu d'être décidé par le Parlement". Une grogne à chaud, tempérée au fil des heures et qui ne laisse pas de trace de brûlé
sur le macadam. C'est que, sans doute, Ngazidja (Grande Comore) n'est pas encore celle qui réclame sa tournante. Tout, d'ailleurs, comme Ndzouani (Anjouan). Ndzouani est, dans ce contexte brûlant,
l'île de tous les paradoxes. Aucune réaction, ni citoyenne, ni partisane, face à ce que l'opposition comorienne et la majorité des mohéliens interprètent comme "un subterfuge mis en œuvre par le
clan du président Sambi pour se maintenir au pouvoir". Jusqu'à ce que Luc Hallade, l'ambassadeur de France aux Comores, au terme de son excursion dans l'île la semaine dernière, ait invité vendredi
quelques-uns des rares opposants de la place à partager son cocktail de départ, à l'hôtel Al-Amal. Il n'y avait en tout et pour tout que Bacar Abdou, le maire démissionnaire de Mutsamudu et
vice-secrétaire général du parti Muruwa, l'ex-député Mustadrane, le Dr Mursoidi et Abdallah Mohamed, un sécessionniste des premières heures. Se confiant à ses hôtes, Luc Hallade s'est aligné, sous
d'autres termes, au sentiment de "regret" exprimé mardi par son patron, Bernard Kouchner, à propos du verdict résultant du Congrès. Les "représentants de l'opposition à Anjouan" ont, devant le
diplomate français, affiché leur "souhait de voir la communauté nternationale, en l'occurrence la France, s'impliquer davantage dans la recherche d'issue à la crise comorienne". L'ambassadeur,
quelque peu surpris, conseilla à la frange d'opposants de faire leur proposition de sortie de crise et de la soumettre aux partenaires, car, dit-il, "c'est un problème interne et la communauté
internationale ne peut commettre l'imprudence de prendre les devants, de peur d'être accusée d'ingérence".Garder ses distances ! Ce n'est par ailleurs pas commettre une imprudence que de conclure
que l'opposition de paille anjouanaise y a perdu ses illusions. Car Luc Hallade a été clair, du moins verbalement, sur le fait qu'il ne souhaite surtout pas réincarner le personnage maudit des
réseaux parallèles français : "cette situation nous afflige, mais nous autres pouvons facilement faire l'objet de mauvaises suspicions si nous nous montrons trop partisans", aurait-il confié en
aparté. Et pendant ce temps, le président Sambi, en homme avisé, prend pied et s'emploie à redorer son blason aux yeux de la population anjouanaise qui, terrée dans son mutisme légendaire, ne peut
mieux faire pour lui témoigner son soutien. Lors d'un lunch occasionnel où il avait invité quelques-uns de ses inconditionnels, samedi dans sa résidence de Mutsamudu, il aurait fait part de sa
détermination de dernière heure à "accomplir enfin des choses à Anjouan". Les gros bonnets invités par le président ont eu droit à des prospectus détaillant les projets à court et à long terme
envisagés par le raïs à Anjouan. Trois feuilles de format A4 compilent les projections du régime en matière d'infrastructures, d'énergie et d'eau, de santé, de renforcement des institutions etc. De
quoi, en somme, faire rougir un paon. De quoi doper le verbe des usagers du très-populaire dicton "wuwo de watru", traduisez "c'est malgré tout le nôtre". A Mutsamudu, ville natale du président, la
réplique a le pouvoir de bloquer tout débat sur les dérapages du pouvoir. Ailleurs, on peut entendre un autre son de cloche, tout aussi déprimant : "Après tout, ces mohéliens ne sont pas prêts à
assurer une présidence ! Mais, franchement, qui voyez-vous capable de gouverner ce pays à Mohéli !? Cette tournante, ce ne sera qu'un plat servi aux grands-comoriens sur un plateau d'or ! " C'est
un certain sophisme qui dégage un son de déjà-entendu, sur un autre registre plus euphémique : "Ces réformes institutionnelles, notamment l'harmonisation des mandats, aura l'avantage de préparer
une meilleure gouvernance à la tournante mohélienne", disait celui qui s'affirme comme "le premier défenseur" de cette tournante [Sambi]. Cette vision des choses tranche étrangement avec ses
déclarations datant des premiers jours de son règne : "Je sais que le nouvel ensemble comorien est truffé de complexité et de contradictions, mais je ferai avec. Je ne veux y changer quoi que ce
soit." Il avait vite parlé ! Ou alors, peut-être que, comme dit l'adage, à force de tirer l'eau du puits, on finit par en voir le fond.
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