Partager l'article ! COMORES /MAYOTTE : MAORE SOUS OCCUPATION: Centre de rétention de Mayotte envoyé ...
QUAND UN STATUT DE NON-DROIT ENTRAINE DES SITUATIONS DE NON-DROIT
Un long article paru dans une de nos précédentes éditions, écrit par un gendarme français en fonction à Mayotte tirait la sonnette d’alarme, sur les pratiques policières à Mayotte. Depuis 2006, environ 16000 reconduites à la frontière ont été enregistrées pour une population de 187 000 habitants. Les quotas d’expulsions fixés (qu’il fallait impérativement atteindre par jour) transformaient les contrôles de papiers en rafles, qui embarquaient enfants, femmes, hommes, Mahorais compris, qui ne disposaient de papiers au moment des contrôles.
Dans un rapport remis au président Nicolas Sarkozy, par ‘‘la Défenseure des enfants’’ en visite à Mayotte du 6 au 7 octobre 2008, il est précisé qu’entre le 1er janvier et début octobre 2008, ‘‘12 994 personnes ont été reconduites dont 2 194 enfants, étant précisé que 628 d’entre eux avaient moins de 2 ans’’.
Plusieurs associations dont le collectif Migrants Outre-mer (Mom) ont à maintes fois dénoncé les pratiques frauduleuses, qui consistait à inscrire les mineurs comme étant nés le 1er janvier de l’année permettant de fixer leur majorité ; indiquant que tous les mineurs sont inscrits avec la date de naissance du 01/01/90, pour justifier un âge ‘‘expulsable’’ de 18 ans en 2008.
La Cnds dénonçait dans son rapport que ‘‘les conditions de vie au centre de rétention administrative de Mayotte portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus’’.
Gthn et apathie du pouvoir Indifférence de l’opposition
Mayotte transformée en zone de non droit, a atteint l’apogée de la cruauté, en fermant les yeux, sur l’enterrement des victimes du dernier naufrage, enterrés dans une fosse commune, sans prière, ni respect des rites religieux, mais enfouis sous terre comme des zébus. Au risque de recevoir encore et encore des droits de réponses qui défendent et justifient des agissements innommables, ‘‘Amnesty International’’ se joint aux cris des Comores et demande aux autorités françaises “de mettre un terme aux conditions de rétention, indignes et inhumaines” au centre de Pamandzi à Mayotte. Amnesty international affirme avoir envoyé le 17 décembre 2008 aux ministres de l’Intérieur et de l’Immigration une vidéo et des photos prises à l’intérieur du centre de rétention de Pamandzi à Mayotte, démontrant des ‘‘hommes, femmes, enfants et nourrissons, entassées dans des salles fermées par des grilles à l’intérieur des locaux insalubres du centre’’. Amnesty assimile les conditions de maintien en rétention ‘‘à des traitements inhumains et dégradants pour les personnes qui les subissent’’. Ces conditions de rétention dans le centre, dénoncé dans un passé récent par le Commissaire aux droits de l’homme du conseil de l’Europe, par la Commission nationale de déontologie de la sécurité (Cnds), et par la Défenseure des enfants, s’empirent de jour en jour, à l’approche du référendum sur la départementalisation de l’île.
L’apathie des autorités nationales, enfermée dans le cadre du Groupe de travail de haut niveau, discutant des tomates et des pommes de terre, s’ajoute à l’indifférence des partis politiques et des organisations comoriennes de la société civile qui détournent les yeux sur la violation des droits de l’homme à Mayotte, jouant insidieusement en faveur du statu quo.
Dans un courriel adressé au collectif Migrants Outre-mer le 18 décembre, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, déclare que ‘‘la situation du centre de rétention de Pamandzi est préoccupante et les informations que vous me donnez, comme d’ailleurs d’autres sources concordantes, sont alarmantes ( …) Dès que possible, le contrôle général dépêchera sur place une mission pour procéder à une analyse approfondie de la situation et faire les recommandations qui s’imposent’’.
Violation systématique des pactes internationaux
A Mayotte, tous les pactes internationaux sont violés, le Pacte international sur les droits civils et politique, de la Convention internationale des droits de l’enfant et de la Convention européenne des droits de l’homme. Il ne pourrait être autrement si un grand pays, comme la France refuse 33 ans après l’accession de son ancienne colonie à l’indépendance, d’admettre que les Comores sont admises depuis le 12 novembre 1975, membres de l’Onu dans leurs frontières naturelles, l’appartenance de Mayotte aux Comores solennellement affirmée par le droit international. Le litige territorial né de la séparation de force de l’île oblige l’Onu à inscrire systématiquement à l’ordre du jour provisoire des assemblées successives de l’Onu et à adopter de nombreuses résolutions qui dénoncent le non-respect par la France de l’intégrité territoriale des Comores et notamment la résolution de la 39ème séance plénière tenue le 21 octobre 1976, qui a par ailleurs condamné les ‘‘consultations françaises à Mayotte du 8 février et du 11 avril 1976’’ et rejette, par avance ‘‘comme nulle et non avenue, toute consultation française à Mayotte’’.
Le mur qui tue
Entassé ‘‘202 personnes dont 111 hommes, 45 femmes, 28 enfants de plus de 2 ans, 13 de moins de 2 ans et 5 gardés à vue’’, dans une pièce ne pouvant contenir qu’une soixantaine de personnes, est dégradant pour ce grand pays, considéré comme premier partenaire des Comores. Entre Mayotte et les autres îles, la France dresse “un mur de Berlin” qui tue des centaines de personnes, en imposant un visa d’entrée depuis 1995. Des centaines de Comoriens perdent leurs vies dans des conditions mystérieuses, trop de Kwasa-Kwasa sombrent près des côtes mahoraises. La Commission nationale de déontologie de la sécurité (14 avril 2008) levait le voile sur le sujet : ‘‘sans se prononcer sur les causes du naufrage, la Commission demande qu’il soit impérativement mis fin, conformément à la réglementation internationale en vigueur, à la pratique de la navigation en dérive feux éteints lors des opérations de recherche en mer des clandestins. Elle recommande instamment de ne plus recourir à des méthodes, qui aboutissent à la mise en danger d’êtres humains, notamment de femmes et d’enfants, dans des conditions susceptibles de caractériser le délit d’homicide involontaire’’.
Depuis, les Kwassa continuent de sombrer, transformant ce bras de mer de 70 km en un charnier qui dévorent tous les mois des dizaines d’êtres humains, dans l’indifférence coupable.
Ahmed Ali Amir ( Al-watwan N° 1219 du 22 décembre 2008)
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